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GUIDE · CRÉATEURS

Créateurs : quand et comment signaler une vidéo générée par IA sur YouTube et TikTok

YouTube et TikTok demandent aux créateurs de signaler les contenus réalistes générés ou fortement modifiés par IA. Depuis le 2 août 2026, l'AI Act impose aussi aux professionnels d'indiquer leurs hypertrucages. Voici ce que disent ces textes et comment les appliquer à chaque mise en ligne.

Deux appareils de prise de vue montés sur des trépieds, face à face, sur fond noir
Un appareil photo et une caméra sur trépieds, photographiés par Florian Klauer en 2016. Photo : Florian Klauer florianklauer, CC0 1.0, via Wikimedia Commons

En bref

  • YouTube demande de signaler les contenus générés ou modifiés par IA « qui semblent réalistes », via le paramètre « Utilisation de l'IA » de YouTube Studio ; un script ou une miniature produits avec l'IA n'ont pas à être signalés.
  • TikTok demande une mention sur les contenus générés ou fortement modifiés par IA montrant des scènes ou des personnes réalistes, sous peine de suppression, de restriction ou d'une mention ajoutée par la plateforme.
  • L'article 50 de l'AI Act, applicable depuis le 2 août 2026, oblige les professionnels qui diffusent un hypertrucage à indiquer qu'il a été généré ou manipulé par une IA ; l'usage strictement personnel en est exclu.
Niveau
Débutant
Durée
20 min
Outils nécessaires
YouTube Studio, Application TikTok, Assistant conversationnel (facultatif)

En une phrase : Une vidéo dont une partie réaliste a été générée ou fortement modifiée par IA doit être signalée sur YouTube et TikTok, et, pour un créateur qui en tire une activité professionnelle, l'AI Act impose depuis le 2 août 2026 d'indiquer clairement tout hypertrucage.

Ce guide de la rubrique Outillés s'adresse aux créateurs de contenus qui utilisent des outils d'IA générative pour écrire, monter ou illustrer leurs vidéos. Il s'appuie uniquement sur trois textes : la page d'aide de YouTube, les règles de la communauté de TikTok et l'article 50 du règlement européen sur l'IA (AI Act), complété par les lignes directrices de la Commission européenne. L'enjeu est simple : savoir, à chaque mise en ligne, si une mention est demandée, où la mettre et ce que vous risquez sans elle.

Ce que demande YouTube

La page d'aide « Signaler l'utilisation de contenus d'IA générative », consultée le 31 octobre 2026, pose la règle : « Nous demandons aux créateurs et créatrices de signaler les contenus générés ou modifiés par IA qui semblent réalistes. » YouTube vise quatre situations : vous faites dire ou faire à une personne réelle quelque chose qu'elle n'a ni dit ni fait ; les images d'un événement ou d'un lieu réel sont modifiées ; une scène d'apparence réaliste qui n'a jamais eu lieu est générée ; vous créez une musique qui constitue l'élément principal de la vidéo.

La même page liste ce qu'il n'est pas nécessaire de signaler. Les contenus non réalistes (une animation manifestement imaginaire) et les modifications mineures, « principalement esthétiques », en font partie : filtres de beauté, réglages de couleur, flou d'arrière-plan, sous-titres, amélioration de la netteté ou restauration du son. L'aide à la production est aussi exclue : YouTube cite l'utilisation de l'IA pour « créer ou améliorer le plan de vidéo, le script, la miniature, le titre ou les infographies », la génération d'idées et le clonage de sa propre voix pour une voix off. YouTube précise que ces listes ne sont pas exhaustives.

Concrètement, la mention se fait dans YouTube Studio : lors de la mise en ligne, dans la section « Attributs », sous « Utilisation de l'IA », vous répondez « Oui » ou « Non ». Selon la page d'aide de YouTube, une étiquette apparaît alors dans le lecteur pour la musique ou les contenus photoréalistes, et dans la description développée pour les autres contenus générés. YouTube peut aussi ajouter une étiquette automatiquement, notamment pour les contenus porteurs de métadonnées C2PA (un standard de traçabilité de l'origine des fichiers) ou détectés par ses systèmes ; vous recevez alors une notification dans Studio et pouvez, dans la plupart des cas, corriger en répondant « Non ».

Deux phrases de cette page méritent d'être retenues. D'abord, « signaler les contenus IA ne limite pas l'audience de la vidéo et n'a aucune incidence sur son éligibilité à générer des revenus ». Ensuite, les créateurs qui omettent cette information de façon récurrente « s'exposent à des sanctions de la part de YouTube, comme la suppression de leurs contenus ou l'exclusion temporaire du Programme Partenaire YouTube » (source).

Ce que demande TikTok

Les règles de la communauté de TikTok sur l'intégrité et l'authenticité, publiées le 25 août 2026 et entrées en vigueur le 24 septembre 2026, sont plus brèves. TikTok écrit : « nous demandons aux créateurs d'ajouter une mention au contenu généré par l'IA ou modifié de manière significative et montrant des scènes ou des personnes réalistes ». La conséquence est précisée dans la phrase suivante : « Tout contenu sans mention peut être supprimé ou restreint ou se voir ajouter une mention par notre équipe, en fonction du préjudice qu'il pourrait causer. » TikTok ajoute que la mention ne rend pas tout acceptable : la plateforme n'autorise pas les contenus qui induisent en erreur « sur des questions d'importance publique » ou qui nuisent aux individus.

Ce que change l'AI Act pour un créateur professionnel

Le règlement européen sur l'IA distingue le fournisseur de l'outil et son « déployeur », c'est-à-dire la personne qui l'utilise « sous sa propre autorité », sauf dans le cadre d'une « activité personnelle à caractère non professionnel ». Son article 50, paragraphe 4, prévoit que les déployeurs d'un système qui génère ou manipule des images, des contenus audio ou vidéo constituant un hypertrucage (le terme français pour deepfake) « indiquent que les contenus ont été générés ou manipulés par une IA ». Le texte définit l'hypertrucage comme un contenu généré ou manipulé par l'IA, ressemblant à des personnes, lieux ou événements existants, et « pouvant être perçu à tort par une personne comme authentiques ou véridiques ». Selon l'article 113, le règlement est applicable depuis le 2 août 2026.

Qui est concerné ? Les lignes directrices de la Commission européenne du 20 juillet 2026 précisent (traduction Le Latent) que « toute activité par laquelle des personnes physiques tirent un avantage économique de manière régulière » doit être considérée comme professionnelle. Un créateur qui monétise sa chaîne ou réalise des contenus sponsorisés entre donc vraisemblablement dans le champ ; un particulier qui diffuse un hypertrucage à titre purement personnel n'est pas soumis à cette obligation de déployeur, selon le même document.

Pour une œuvre manifestement artistique, créative ou satirique, l'article 50 allège l'obligation : il suffit de divulguer l'existence du contenu généré « d'une manière appropriée qui n'entrave pas l'affichage ou la jouissance de l'œuvre » (texte du règlement). Les lignes directrices ajoutent deux précisions utiles. Le marquage lisible par machine, apposé par l'éditeur de l'outil, ne suffit pas : l'étiquette doit être compréhensible sans outil technique. Et, sur une très grande plateforme en ligne au sens du règlement sur les services numériques, le créateur peut s'appuyer sur l'outil d'étiquetage fourni par la plateforme pour remplir son obligation, sans que cela retire sa propre responsabilité (lignes directrices, points 117 et 126).

Appliquer ces règles à chaque vidéo

La méthode la plus sûre consiste à faire, avant chaque mise en ligne, l'inventaire de ce que l'IA a produit dans la version finale. Les étapes intermédiaires (idées, plan, script) ne posent pas de question de signalement selon YouTube ; ce qui compte, ce sont les images, sons et voix effectivement diffusés. Pour chaque élément généré, posez la question commune aux trois textes : un spectateur pourrait-il le prendre pour une captation réelle d'une personne, d'un lieu ou d'un événement existants ? Si oui, cochez la mention de la plateforme et, si votre activité est professionnelle, vérifiez que l'origine artificielle est visible pour le spectateur dès le début, par une incrustation ou une phrase en tête de description.

Un assistant conversationnel peut aider à faire cet inventaire, à condition de lui fournir les critères des plateformes et de vérifier sa réponse vous-même : ces outils peuvent produire des affirmations fausses mais plausibles (on parle d'hallucinations). Le modèle de prompt ci-dessous est un modèle à adapter, non testé par Le Latent.

Tu m'aides à préparer la mise en ligne d'une vidéo. Voici la liste des éléments produits ou modifiés avec une IA dans la version finale : [liste : ex. voix off, plan d'illustration, musique, retouche d'un visage].
Pour chaque élément, réponds dans un tableau à trois colonnes :
1. Montre-t-il de façon réaliste une personne, un lieu ou un événement réels, ou une scène réaliste qui n'a jamais eu lieu ? (oui / non / incertain)
2. S'agit-il d'une modification mineure et esthétique (couleur, flou, sous-titres, netteté) ou d'une aide à la production (idée, script, titre, miniature) ? (oui / non)
3. Ta recommandation : mention à cocher, pas de mention, ou question à trancher par moi.
N'invente aucune règle : si un cas n'est pas couvert par ces critères, écris "à vérifier dans l'aide de la plateforme".

Pour la mention elle-même, un second modèle, lui aussi à adapter et non testé par Le Latent, peut servir à rédiger une phrase courte destinée à l'écran ou à la description.

Rédige trois propositions de mention courte (moins de 12 mots) indiquant au spectateur que [élément : ex. les images de la ville / la voix du narrateur] ont été générées par IA. Ton neutre, en français, sans jargon. Ne promets rien sur la qualité ou l'exactitude de la vidéo.

Ce qui reste à surveiller

Le règlement renvoie aux États membres le soin de fixer les sanctions applicables (article 99) : ce guide ne détaille donc pas le régime français, qui dépend des textes nationaux d'application. Les règles des plateformes, elles, s'appliquent déjà : en cas de doute, le plus prudent reste de signaler. Pour suivre l'actualité du règlement, consultez la rubrique AI Act.

Dans la même rubrique : Cadre d'usage de l'IA de l'Éducation nationale : comment l'appliquer pour préparer ses cours et Communicants : étiqueter une publicité générée par IA selon l'AI Act et la fiche pratique de l'ARPP.

Étapes

  1. Lister ce que l'IA a fait dans la vidéo

    Notez chaque intervention de l'IA : idée, script, miniature, voix, images ou séquences générées, retouches. Seul le contenu effectivement diffusé compte.

  2. Repérer ce qui paraît réel

    Pour chaque élément, demandez-vous s'il montre de façon réaliste une personne, un lieu ou un événement réels, ou une scène qui n'a jamais eu lieu.

  3. Cocher la mention sur la plateforme

    Sur YouTube, répondez « Oui » au paramètre « Utilisation de l'IA » dans la section « Attributs » ; sur TikTok, ajoutez la mention prévue pour les contenus générés par IA.

  4. Ajouter une mention visible si nécessaire

    Pour un hypertrucage diffusé dans un cadre professionnel, assurez-vous que l'origine artificielle est indiquée de façon claire dès la première exposition, en plus du marquage technique.

  5. Garder une trace

    Conservez la liste des outils et des éléments générés pour chaque vidéo : elle permet de corriger une étiquette ajoutée par erreur ou de répondre à une plateforme.

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Sources primaires

  1. Signaler l'utilisation de contenus d'IA générative — YouTube (aide officielle) · consulté le
  2. Règles de la communauté : intégrité et authenticité — TikTok, publié le 25 août 2026 · consulté le
  3. Règlement (UE) 2024/1689 établissant des règles harmonisées concernant l'intelligence artificielle — Journal officiel de l'Union européenne, publié le 12 juillet 2024 · consulté le
  4. Guidelines on the implementation of the transparency obligations for certain AI systems under Article 50 of the AI Act (C(2026) 5054) — Commission européenne, publié le 20 juillet 2026 · consulté le

Publié sous la direction éditoriale de Bastien Hugon. Méthode éditoriale et usage de l'IA

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