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Data centers : OpenAI publiera l’eau et l’électricité site par site, l’Europe garde ces chiffres confidentiels
Le 5 novembre 2026, OpenAI s’est engagé à publier, pour chaque futur campus qu’il possède et exploite aux États-Unis, sa consommation d’eau et d’électricité. En Europe, un centre de données de 500 kW ou plus déclare déjà ces chiffres chaque année, mais la base européenne ne les montre qu’agrégés.

En bref
- Le « National Community Compact » d’OpenAI promet, site par site : eau et électricité publiées, études de bruit indépendantes, plans de chantier, aucun accord de confidentialité imposé aux élus, électricité payée à son coût complet.
- Dans l’UE, la directive 2023/1791 oblige depuis 2024 les centres de 500 kW ou plus à déclarer énergie et eau ; le règlement 2024/1364 garde confidentielles les données de chaque centre et ne publie que des agrégats, par pays et pour l’Union.
- Le premier relevé européen couvre 770 centres, environ 36 % de ceux qui devaient déclarer. Une étiquette publique par centre est attendue en 2027, et la consultation sur des normes minimales est ouverte jusqu’au 14 décembre 2026.
En une phrase : OpenAI promet de publier, campus par campus, l’eau et l’électricité de ses futurs centres de données américains ; en France, les mêmes chiffres sont transmis chaque année à la base européenne, à laquelle l’État a accès, mais un riverain ne peut pas consulter ceux du site voisin.
Le 5 novembre 2026, OpenAI a publié deux documents : un « National Community Compact », ce qu’il s’engage à faire autour de ses campus de calcul, et un « Compute Campus Policy Blueprint », les règles qu’il demande aux élus américains d’imposer à tout le secteur. L’annonce tombe deux jours après les élections de mi-mandat, où les électeurs ont soutenu des restrictions ou rejeté les projets favorables aux centres de données dans toutes les mesures locales sauf une, sur 41 dans 10 États, selon le décompte de CNBC et de Ballotpedia. Le Latent a comparé ces promesses à ce que le droit européen exige déjà des centres de données installés en France. Les autres dossiers de régulation sont dans la rubrique Société & droit.
Ce qu’OpenAI promet, et où
Les engagements valent pour « every future compute campus OpenAI owns and operates », écrit OpenAI dans son annonce : les futurs campus qu’il possède et exploite lui-même. Le compact parle de communautés « across America » et ne mentionne pas l’Europe. Chaque campus aura son propre compact local, avec un socle commun :
- eau : un plan par campus, la priorité au refroidissement en circuit fermé ou peu gourmand en eau, et la publication de la consommation d’eau « by location », c’est-à-dire site par site ;
- électricité : OpenAI dit payer le coût complet de l’électricité et des infrastructures nécessaires, apporter des garanties financières avant les gros travaux et publier son électricité consommée et produite sur place ;
- voisinage : des plans de chantier publiés (trafic, bruit, éclairage) et des études de bruit indépendantes avant la mise en service, puis chaque année ;
- élus : aucun accord de confidentialité imposé aux élus, sauf exceptions « étroites » (sécurité, secrets d’affaires) ;
- emploi : une stratégie de recrutement publiée et un rapport annuel sur les embauches et l’apprentissage.
OpenAI cite déjà des montants : 80 millions de dollars d’investissements locaux dans le comté d’Effingham (Géorgie), 40 millions dans le comté de Pike (Ohio), selon le compact. À Effingham, son accord avec Georgia Power autorise le fournisseur à réduire de 1 000 mégawatts au plus la puissance livrée au campus lors des pics de demande, précise l’annonce. Le blueprint demande aux législateurs de rendre ces obligations légales pour tous les constructeurs, au motif que les engagements volontaires ne suffisent pas, à eux seuls, à l’ampleur des chantiers.
En Europe, la déclaration existe déjà, la publication site par site non
Depuis la directive (UE) 2023/1791 sur l’efficacité énergétique, chaque centre de données dont la puissance informatique installée atteint 500 kW doit, chaque année depuis le 15 mai 2024, rendre disponibles les informations de l’annexe VII (article 12) : nom, propriétaire, commune, puissance installée et indicateurs de performance, dont la consommation d’énergie et d’eau. Le texte demande que ces informations soient mises « à la disposition du public », sauf ce que protègent le secret des affaires et la confidentialité. Mais la base européenne qui les rassemble n’est mise à la disposition du public qu’« à un niveau agrégé ».
Le règlement délégué (UE) 2024/1364 du 14 mars 2024 a tranché dans ce sens. Les exploitants déclarent avant le 15 mai les chiffres de l’année précédente (article 3). La base ne publie que des agrégats, par État membre et pour l’Union (article 5, paragraphe 2). La Commission et les États, qui ont accès à toutes les données, doivent en préserver la confidentialité : elles sont considérées comme des informations dont la divulgation porterait atteinte aux intérêts commerciaux des exploitants (article 5, paragraphe 5).
La France applique ce régime aux articles L. 236-1 à L. 236-3 du code de l’énergie, avec des contrôles et des sanctions, rappelle le ministère de la Transition écologique. Le seuil de 500 kW s’apprécie par établissement (numéro SIRET), les corrections sont possibles jusqu’au 15 août, et les centres qui déclarent déjà à l’Arcep sont dispensés. Le ministère l’écrit sans détour : « les données individuelles transmises n’ont pas vocation à être communiquées ». Les centres de données représentent 2,2 % de la consommation électrique nationale, et l’ADEME estime que leur consommation pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035, selon la même page du ministère.
| OpenAI, campus américains (compact du 5/11/2026) | Centres de 500 kW ou plus en France (droit de l’UE) | |
|---|---|---|
| Qui | futurs campus qu’OpenAI possède et exploite | tout exploitant au-dessus du seuil de 500 kW |
| Eau | publiée site par site, avec le mode de refroidissement | déclarée chaque année, confidentielle site par site |
| Électricité | consommée et produite sur place, publiée par site | déclarée chaque année, confidentielle site par site |
| Bruit, chantier | études indépendantes et plans publiés | non couverts par la déclaration européenne |
| Ce que voit le public | les pages du site d’OpenAI, sans date annoncée | un tableau de bord agrégé ; une étiquette par centre attendue en 2027 |
| Force | engagement volontaire | obligation légale, contrôles et sanctions |
Sources : compact d’OpenAI, règlement délégué 2024/1364 et ministère de la Transition écologique, consultés le 5 novembre 2026.
Ce que montrent les chiffres européens agrégés
Le rapport de la Commission du 21 septembre 2026 (COM(2026) 500) donne le premier bilan de cette base. Lors de la première période de déclaration, 770 centres de données ont transmis leurs chiffres, soit environ 36 % du total estimé des centres soumis à l’obligation ; six États membres n’en ont déclaré aucun. Les données ont été anonymisées pour ne rien révéler de propre à une entreprise ou à un lieu. Les centres de données de l’UE ont consommé 68 TWh en 2024, et pourraient atteindre 114 TWh en 2030, soit 3,2 % de la demande d’électricité de l’Union, selon des projections que le rapport reprend de l’Agence internationale de l’énergie.
Côté eau, l’efficacité hydrique moyenne (WUE, eau apportée par MWh consommé par l’informatique) était de 0,58 m³/MWh en 2024, de 0,07 à 1,28 selon les États membres, calculée sur 458 centres aux valeurs jugées fiables, selon le même rapport. Environ la moitié des centres déclarants dépassent la valeur de référence de 1,5 pour l’efficacité énergétique (PUE) ou de 0,4 pour l’eau. Pour la deuxième période, la Commission dit avoir déjà reçu des données d’au moins 30 % de centres supplémentaires. Les ordres de grandeur mondiaux sont détaillés dans notre explicatif sur l’énergie et l’eau que consomme l’IA.
La prochaine étape : une étiquette publique par centre
Le même 21 septembre 2026, la Commission a proposé un système commun de notation : il couvrira chaque centre de plus de 500 kW, avec des informations transparentes sur l’énergie et l’eau réellement consommées, et les premières étiquettes sont attendues en 2027, selon son annonce. Le texte passe d’abord deux mois devant le Parlement européen et le Conseil. Le rapport précise que les indicateurs de l’étiquette ont été choisis parmi ceux déjà déclarés « tout en ayant égard aux questions de confidentialité », et que l’étiquette sera « accessible au public sous forme électronique ». Ce sera une note, pas forcément le relevé en mètres cubes et en mégawattheures que promet OpenAI.
La Commission prépare aussi des normes minimales de performance pour les centres de données. La consultation publique est ouverte jusqu’au 14 décembre 2026 et la proposition est attendue au deuxième trimestre 2027, indique la page de la DG Énergie.
Ce que ça change, pour qui, quoi faire
Si tu es élu local, riverain ou membre d’une association face à un projet de centre de données, le compact d’OpenAI ne s’appliquera pas chez toi, mais il te donne une liste de questions qu’un exploitant américain accepte de traiter publiquement. L’exploitant d’un centre de 500 kW ou plus déclare déjà son énergie et son eau chaque année : lui demander de rendre publics ces chiffres, campus par campus, revient à lui demander ce qu’il transmet à l’État. Pour l’eau, la grille du blueprint est précise : distinguer le remplissage initial du circuit de l’usage courant, l’eau prélevée de l’eau consommée, et les estimations des mesures.
Si tu veux peser sur les règles européennes, la consultation de la Commission sur les normes minimales est ouverte à tous jusqu’au 14 décembre 2026, depuis la page de la DG Énergie. C’est le texte qui pourra fixer des seuils d’eau et d’énergie, pas seulement des obligations de déclaration.
Si tu utilises ChatGPT en France, rien ne change : le compact porte sur des chantiers américains. Il éclaire en revanche un débat que l’Europe aura aussi, alors que l’Union vise à tripler la capacité de ses centres de données, selon la Commission. Sur les projets plus lointains, lire aussi notre article sur les centres de données en orbite de Google.
Ce qu’on ne sait pas encore
OpenAI ne donne ni date pour ses premières publications, ni liste des campus concernés. Les centres que ses partenaires construisent et exploitent pour lui ne sont pas mentionnés dans le compact, qui ne vise que les campus « owned and operated by OpenAI ». Côté européen, le système de notation n’est pas encore entré en vigueur, et le contenu exact de l’étiquette publique reste à voir en 2027.
Questions fréquentes
Combien d’eau consomme un data center en France ?
Aucun chiffre par site n’est public : les déclarations restent confidentielles. À l’échelle de l’UE, la Commission relève une efficacité hydrique moyenne de 0,58 m³ par MWh consommé par l’informatique en 2024, de 0,07 à 1,28 selon les pays, sur 458 centres aux données jugées fiables.
Quels data centers doivent déclarer leur consommation en France ?
Ceux dont la puissance informatique installée atteint 500 kW, appréciée par établissement (numéro SIRET). Ils déclarent avant le 15 mai les chiffres de l’année précédente sur la plateforme européenne, ou via l’Arcep pour ceux qui lui répondent déjà, selon le ministère de la Transition écologique.
Qu’est-ce qu’un data center refroidi en circuit fermé ?
Un centre qui fait circuler le même liquide de refroidissement au lieu d’évaporer de l’eau. Une partie de son besoin d’eau tient au remplissage initial du circuit : c’est pourquoi OpenAI demande que les rapports distinguent ce remplissage de l’usage courant, et l’eau prélevée de l’eau consommée.
Les engagements d’OpenAI s’appliquent-ils en Europe ?
Les deux documents parlent des États-Unis et ne mentionnent pas l’Europe. Ils visent les futurs campus qu’OpenAI possède et exploite lui-même, pas les centres de ses partenaires.
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Sources primaires
- Setting a new standard for responsible AI infrastructure — OpenAI, publié le 5 novembre 2026 · consulté le
- OpenAI’s National Community Compact: Building With Communities, Not Just In Them — OpenAI, publié le 5 novembre 2026 · consulté le
- AI Infrastructure That Works for America: Our Compute Campus Policy Blueprint — OpenAI, publié le 5 novembre 2026 · consulté le
- Directive (UE) 2023/1791 du 13 septembre 2023 relative à l’efficacité énergétique (article 12 et annexe VII) — EUR-Lex (Journal officiel de l’Union européenne), publié le 20 septembre 2023 · consulté le
- Règlement délégué (UE) 2024/1364 de la Commission du 14 mars 2024 (base de données européenne sur les centres de données) — EUR-Lex (Journal officiel de l’Union européenne), publié le 14 mars 2024 · consulté le
- Rapport de la Commission sur l’efficacité énergétique des centres de données dans l’UE, COM(2026) 500 final — Commission européenne (document du Conseil de l’UE 13443/26), publié le 21 septembre 2026 · consulté le
- Making data centres energy efficient thanks to a new EU rating system — Commission européenne, publié le 21 septembre 2026 · consulté le
- Energy performance of data centres — Commission européenne (DG Énergie) · consulté le
- Efficacité énergétique des centres de données (datacenters) — Ministère de la Transition écologique, publié le 4 mai 2026 · consulté le
- OpenAI pledges to pay for data center power after election highlights AI concerns — CNBC, publié le 5 novembre 2026 · consulté le
Entités citées
Article de la Rédaction Société & Droit, publié sous la direction éditoriale de Bastien Hugon. Méthode éditoriale et usage de l'IA






