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ACTU · APPLIS

Claude Code et les clones de jeux : la consigne autorise désormais les mécaniques similaires, pas l'apparence

Dans Claude Code 2.1.317, publié dans la nuit du 2 au 3 novembre 2026, Anthropic a réécrit sa consigne contre la recréation de jeux existants : les mécaniques similaires sont permises, le nom, les personnages, les graphismes, la musique et les niveaux d'un jeu précis ne le sont pas.

Console Sega Mega Drive japonaise noire, première version, avec sa manette à trois boutons, photographiée sur fond blanc
Une Mega Drive japonaise de première génération et sa manette : les jeux de ce type de console font partie de ceux que les amateurs décompilent et portent avec l'aide de l'IA. Photo : Evan-Amos, Domaine public, via Wikimedia Commons

En bref

  • La consigne apparaît dans le logiciel à partir de la version 2.1.314 du 30 octobre 2026 ; la version 2.1.317 la précise, sans que le journal des modifications publié par Anthropic en parle.
  • Par défaut, le code de Claude Code ne l'ajoute que lorsque le modèle utilisé est Opus 5.5, le seul de son tableau de modèles à porter le réglage correspondant.
  • En droit européen, les fonctionnalités d'un programme ne sont pas protégées par le droit d'auteur, mais les éléments graphiques et sonores d'un jeu vidéo le sont : la nouvelle formulation suit à peu près cette frontière.

En une phrase : Si tu codes des jeux avec Claude Code, la règle est désormais écrite noir sur blanc dans le logiciel : reprendre les mécaniques d'un jeu reste permis, reprendre son nom, ses personnages, ses graphismes, sa musique ou ses niveaux ne l'est plus.

Claude Code, que nous suivons dans la rubrique Applis, est l'agent de programmation d'Anthropic, qui écrit et modifie du code depuis le terminal. Depuis fin octobre, il est prié de ne plus recréer un jeu vidéo existant. Les articles parus jusqu'ici citent la première version de cette consigne. Elle a changé dans la nuit du 2 au 3 novembre 2026, et la nouvelle formulation dit plus précisément ce qui est visé.

Ce qu'Anthropic a changé, version par version

La première alerte vient d'un amateur de décompilation, « chasm », pour qui la consigne a été ajoutée vers le 27 octobre, selon Ars Technica. Le 30 octobre, Addy Osmani, ingénieur chez Anthropic, a confirmé l'ajout de « deux phrases » au prompt de Claude Code avec Opus 5.5 : utiliser Claude pour enfreindre la propriété intellectuelle est contraire aux règles d'utilisation de l'entreprise, a-t-il expliqué, cité par Ars Technica et par The Verge. Ces règles interdisent effectivement de violer les droits de propriété intellectuelle d'un tiers (Usage Policy d'Anthropic).

Le texte se lit dans le programme lui-même. Claude Code est distribué sur npm, le registre public de paquets JavaScript, sous forme d'un exécutable par système. Les chaînes de texte des paquets officiels pour Linux, relevées le 3 novembre 2026, donnent l'historique suivant :

VersionPublicationConsigne
2.1.305, 2.1.310 et 2.1.312du 20 au 27 octobre 2026absente
2.1.314 à 2.1.316du 30 au 31 octobre 2026« Do build original games, games in a genre, and games from the user's own designs and assets. Don't build a recreation of a specific existing game, even if it is renamed or called original. »
2.1.3173 novembre 2026« Do build original games, games in a genre or with similar mechanics, and games from the user's own designs and assets. Don't build a recreation of a specific existing game (its name, characters, art, music, levels or look), even if it is renamed or called original. »

Source : paquets officiels de Claude Code sur npm et pages de publication v2.1.314 et v2.1.317 sur GitHub, relevé du 3 novembre 2026.

Deux ajouts, donc. « Or with similar mechanics » : un jeu aux mécaniques similaires est explicitement autorisé. Et une parenthèse qui dit ce que recouvre « recréer un jeu précis » : son nom, ses personnages, ses graphismes (« art »), sa musique, ses niveaux ou son apparence. Le journal des modifications de Claude Code ne mentionne ni l'ajout du 30 octobre, ni la réécriture du 3 novembre : le mot « game » n'y figure pas.

Qui est concerné

Dans le code de la version 2.1.317, la consigne est rangée sous la clé « original_games_guidance ». Elle n'est ajoutée par défaut que si le modèle porte un réglage propre au lot de consignes d'Opus 5.5. Dans le tableau de modèles intégré au logiciel, Opus 5.5 est le seul à le porter, sur les 22 modèles Claude listés (relevé dans le paquet v2.1.317). Le programme prévoit aussi qu'un réglage envoyé par les serveurs d'Anthropic active la consigne : rien n'empêche donc techniquement de l'étendre à d'autres modèles, mais ce n'est pas ce qu'on observe dans la configuration par défaut.

Concrètement, tu es concerné si tu utilises Claude Code avec Opus 5.5, ce qui est le cas par défaut selon Next. Une consigne n'est pas un verrou : c'est une instruction donnée au modèle, qui peut se tromper dans les deux sens. Next rapporte le cas du concepteur de wargames de Conflict Simulations, qui adapte en numérique des jeux de plateau pour des clients qui en possèdent les droits, et dont les projets ont été bloqués. Addy Osmani invite à lui signaler ces refus, toujours selon Next.

Pour qui code des jeux, les usages se répartissent ainsi :

  • dans le périmètre affiché : un jeu original, un jeu d'un genre connu (plateforme, roguelike, puzzle de blocs qui tombent), un jeu aux mécaniques proches d'un titre existant, un jeu construit à partir de tes propres maquettes et ressources ;
  • hors périmètre : un jeu qui reprend le nom, les personnages, les graphismes, la musique, les niveaux ou l'aspect d'un titre précis, même rebaptisé ;
  • zone grise : les mélanges de deux jeux existants, comme Mario dans Elden Ring, et les portages issus de décompilations, qu'Ars Technica cite parmi les projets en plein essor.

Ce que protège le droit européen

La nouvelle formulation se rapproche d'une distinction ancienne du droit d'auteur européen. La directive 2009/24/CE protège l'expression d'un programme, pas « les idées et principes » qui sont à sa base (article 1er, paragraphe 2). Dans l'arrêt SAS Institute du 2 mai 2012 (C-406/10), la Cour de justice de l'Union européenne a jugé que ni la fonctionnalité d'un programme, ni son langage de programmation, ni le format de ses fichiers de données ne sont protégés à ce titre. Pour un jeu, la protection du logiciel couvre donc le code, pas les mécaniques en tant que telles.

L'habillage, en revanche, est protégé. Dans l'arrêt Nintendo du 23 janvier 2014 (C-355/12, point 23), la même Cour décrit les jeux vidéo comme un « matériel complexe » : leurs éléments graphiques et sonores ont une valeur créatrice propre et sont protégés par le droit d'auteur, avec l'œuvre entière. C'est à peu près la liste de la parenthèse ajoutée par Anthropic (personnages, graphismes, musique, apparence). La parenthèse cite aussi le nom et les niveaux, que ces deux arrêts ne traitent pas.

Reste la décompilation. En France, l'article L122-6-1 du Code de la propriété intellectuelle permet à l'utilisateur légitime d'un logiciel d'en observer le fonctionnement, et d'en reproduire ou traduire le code seulement quand c'est indispensable à l'interopérabilité avec un logiciel créé de façon indépendante. Les informations obtenues ne peuvent pas servir à produire un logiciel « dont l'expression est substantiellement similaire ». À la lecture de ce texte, un portage qui reprend le code décompilé et les ressources d'un jeu n'entre pas dans cette exception. La consigne de Claude Code n'y change rien : elle ne rend pas légal ce qui ne l'était pas, et ne rend pas illégal un jeu « à la manière de ».

Anthropic est loin d'être seul à proposer des agents de code : un autre modèle ou un modèle à poids ouverts n'a pas cette consigne, souligne Ars Technica. Le risque juridique, lui, reste chez celui qui publie le jeu.

Ce qu'on ne sait pas encore

Anthropic n'a publié aucune page officielle sur cette consigne : ce qu'on en sait vient du logiciel et des déclarations d'Addy Osmani rapportées par la presse. On ignore si la consigne sera appliquée à d'autres modèles que Opus 5.5 par réglage à distance, si l'appli Claude et l'API sont concernées, et comment le modèle tranche les cas de la zone grise. Pour vérifier une extension Claude Code avant de l'installer, notre article sur l'extension piégée qui ouvrait une porte dérobée SSH détaille les précautions utiles ; pour les modèles chinois qui visent les mêmes usages, voir notre analyse de LongCat 2.5 face à Claude Code.

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Sources primaires

  1. Release v2.1.317 (anthropics/claude-code) — Anthropic (GitHub), publié le 3 novembre 2026 · consulté le
  2. Release v2.1.314 (anthropics/claude-code) — Anthropic (GitHub), publié le 30 octobre 2026 · consulté le
  3. CHANGELOG.md de Claude Code — Anthropic (GitHub) · consulté le
  4. Usage Policy — Anthropic · consulté le
  5. Directive 2009/24/CE concernant la protection juridique des programmes d'ordinateur — EUR-Lex, publié le 23 avril 2009 · consulté le
  6. Arrêt SAS Institute (C-406/10) — Cour de justice de l'Union européenne (EUR-Lex), publié le 2 mai 2012 · consulté le
  7. Arrêt Nintendo et autres (C-355/12) — Cour de justice de l'Union européenne (EUR-Lex), publié le 23 janvier 2014 · consulté le
  8. Code de la propriété intellectuelle, article L122-6-1 — Légifrance, publié le 26 novembre 2021 · consulté le
  9. Claude's new rules against game cloning won't stop the AI copying boom — Ars Technica, publié le 2 novembre 2026 · consulté le
  10. Anthropic veut empêcher Claude Code de cloner des jeux vidéo — Next, publié le 3 novembre 2026 · consulté le
  11. Anthropic clamps down on Claude's AI video game clones — The Verge, publié le 2 novembre 2026 · consulté le

Entités citées

Anthropic : valorisation et levées de fonds

Article de la Rédaction Applis & Nouvelles technologies, publié sous la direction éditoriale de Bastien Hugon. Méthode éditoriale et usage de l'IA

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