DÉCRYPTAGE · VIE PRIVÉE
Entraînement des IA sur tes données : ce qui a changé et comment t'y opposer en France
Depuis 2025, Meta et LinkedIn utilisent, sauf refus, des contenus de leurs membres européens pour entraîner leurs IA, et Anthropic a demandé aux siens de choisir. En France, tu peux t’y opposer par un réglage ou un formulaire propre à chaque service, mais chez LinkedIn et Anthropic ce refus ne vaut que pour l’avenir.

En bref
- Meta a annoncé utiliser, à partir de fin mai 2025, les publications publiques des adultes européens de Facebook et Instagram et leurs échanges avec ses IA, selon la CNIL ; des formulaires permettent de s’y opposer sans justification.
- La CNIL a publié le 16 octobre 2025 une fiche qui indique, service par service, le réglage à désactiver ou le formulaire à remplir (ChatGPT, Gemini, Claude, Copilot, Le Chat, Meta AI, LinkedIn, Grok, DeepSeek).
- La révision du RGPD proposée par la Commission le 19 novembre 2025 n’est pas adoptée : le Conseil a arrêté sa position le 21 octobre 2026, et le Parlement européen n’a pas encore fixé la sienne.
En une phrase : En France, tu peux refuser que tes publications ou tes conversations servent à entraîner les IA de Meta, LinkedIn, OpenAI, Google, Anthropic et d’autres, en désactivant un réglage ou en remplissant un formulaire d’opposition propre à chaque service ; chez LinkedIn et Anthropic, ce refus vaut pour l’avenir, pas pour les entraînements déjà réalisés.
Les grands modèles de langage sont entraînés sur d’immenses volumes de textes et d’images. Depuis 2025, plusieurs plateformes très utilisées en Europe y ajoutent les contenus de leurs propres utilisateurs, en s’appuyant sur un mécanisme de refus plutôt que sur un accord préalable. Voici ce qui a changé, ce qu’en disent les autorités et comment exercer ton droit d’opposition. Pour suivre le sujet, voir notre rubrique vie privée.
Ce qui a changé
Meta (Facebook, Instagram). Le 14 avril 2025, Meta a annoncé son intention d’entraîner ses IA avec les contenus publics, comme les publications et les commentaires, partagés par les adultes sur ses services dans l’Union européenne, ainsi qu’avec les questions posées à son assistant Meta AI. L’entreprise y précise que les données publiques des comptes de mineurs européens ne sont pas utilisées. Selon la CNIL, ce traitement devait commencer fin mai 2025 et concerne les contenus anciens comme futurs : publications publiques des utilisateurs adultes (textes, photos, commentaires) et échanges avec les services d’IA de Meta, quel que soit l’âge de l’utilisateur. La CNIL ajoute que Meta a précisé que les données des utilisateurs de Meta AI sur WhatsApp n’étaient pas concernées.
Sur les messages privés, Meta écrit dans la même annonce ne pas utiliser le contenu de tes conversations avec tes proches, sauf si toi ou un participant choisit de les partager avec ses IA. Une mise à jour de sa page, datée du 27 mars 2026, précise que Meta peut entraîner ses IA sur les messages que les gens partagent avec ses fonctions d’IA.
Le siège européen de Meta étant en Irlande, c’est la Data Protection Commission (DPC) irlandaise qui est compétente, rappelle la CNIL. Dans une déclaration du 21 mai 2025, la DPC indique avoir fait des recommandations à Meta, qui a notamment mis à jour ses notices d’information, simplifié son formulaire d’opposition, rendu ce formulaire utilisable dans les applications et accessible pendant plus d’un an. Elle a aussi demandé à Meta un rapport sur l’efficacité de ses garanties, attendu en octobre 2025. La DPC précise que les publications privées ne sont pas concernées.
LinkedIn. Selon sa page d’aide, le réseau professionnel a mis à jour le 3 novembre 2025 sa notice de confidentialité régionale européenne, qui s’applique à ses membres des « pays désignés » et du Royaume-Uni, pour y décrire l’usage de leurs données dans l’entraînement de ses IA génératives. Les données utilisées comprennent notamment le profil, les publications, articles et commentaires, l’activité et les messages dans les groupes, ainsi que ce que tu saisis dans ses fonctions d’IA. Les messages privés en sont exclus, tout comme les données des membres dont LinkedIn a des raisons de penser qu’ils ont moins de 18 ans.
Anthropic (Claude). Le 28 août 2025, Anthropic a modifié ses conditions pour les offres grand public Claude Free, Pro et Max, y compris quand Claude Code est utilisé depuis ces comptes : les utilisateurs existants avaient jusqu’au 8 octobre 2025 pour choisir s’ils acceptaient que leurs conversations servent à entraîner ses modèles. En cas d’accord, la durée de conservation des données passe à cinq ans, contre 30 jours sinon, selon l’annonce de l’entreprise. Les offres professionnelles (Claude for Work, Claude for Education, Claude Gov) et l’API ne sont pas concernées.
D’autres services, dont ChatGPT d’OpenAI, Gemini de Google ou Le Chat de Mistral AI, proposent eux aussi un réglage pour exclure tes conversations de l’entraînement, détaillé ci-dessous.
Comment t’opposer, service par service
Le 16 octobre 2025, la CNIL a publié une fiche pratique qui détaille les démarches, « sans se prononcer sur la conformité au RGPD des procédés proposés ». Les chemins qu’elle indique, dans les paramètres du compte, sont les suivants :
- ChatGPT : selon la CNIL, onglet « Gestion des données », puis « Améliorer le modèle pour tous », où tu peux décocher les cases relatives à l’amélioration des modèles.
- Gemini : selon la CNIL, onglet « Activité », rubrique « Activité dans les applications Gemini », option « Désactiver et supprimer l’activité ». La désactivation peut entraîner la suppression des conversations passées et coupe l’historique. Une demande d’opposition peut aussi passer par un formulaire.
- Claude : selon la CNIL, onglet « Confidentialité », décocher « Aider à améliorer Claude ».
- Copilot : selon la CNIL, onglet « Confidentialité », désactiver « Formation du modèle sur du texte » et « Formation du modèle sur la voix ».
- Le Chat (Mistral AI) : selon la CNIL, sur le web, onglet « Préférences », décocher « Autoriser l’utilisation de vos interactions pour entraîner nos modèles » ; dans l’application, rubrique « Contrôle des données et du compte », décocher « Activer le partage de données ».
- Meta AI : selon la CNIL, dans le centre d’exercice des droits de Meta, option « Comment m’opposer au traitement de mes informations », puis formulaire « Je veux m’opposer à l’utilisation de mes informations par Meta AI ». Pour les échanges avec Meta AI dans WhatsApp, il faut remplir un formulaire dédié, depuis le formulaire de contact de WhatsApp.
- LinkedIn : selon la CNIL, dans les préférences, onglet « Confidentialité des données », « Données pour l’amélioration de l’IA générative », décocher « Utiliser mes données pour entraîner des modèles d’IA de création de contenu ». Un formulaire d’opposition existe aussi.
- Grok : selon la CNIL, décocher « Améliorer le modèle » dans l’onglet « Contrôle de données ». Dans l’application X, le réglage se trouve dans « Confidentialité et Sécurité », puis « Grok et collaborateurs tiers ».
- DeepSeek : selon la CNIL, décocher « Améliorer le modèle pour tous », dans l’onglet « Profil » sur le web ou dans « Contrôles des données » dans l’application.
Ces intitulés datent d’octobre 2025 et peuvent avoir évolué depuis : vérifie dans l’application.
Ce que disent les autorités
Le Comité européen de la protection des données (EDPB), qui réunit les autorités de protection des données de l’Union, a rendu le 18 décembre 2024 un avis sur les modèles d’IA, à la demande de l’autorité irlandaise. Il admet que l’intérêt légitime, une des bases juridiques du RGPD qui permet de traiter des données sans consentement, peut être invoqué pour un agent conversationnel, mais seulement si le traitement est « strictement nécessaire » et que l’équilibre avec les droits des personnes est respecté (traduction Le Latent). Il ajoute qu’un modèle développé avec des données traitées illégalement peut voir la licéité de son déploiement remise en cause, sauf s’il a été dûment anonymisé.
Pour Meta, la CNIL indiquait en mai 2025 que les autorités de protection des données, dont elle-même, restaient « mobilisées » et attentives au respect du RGPD par l’entreprise, notamment pour l’exercice des droits des personnes.
En septembre 2026, la DPC a publié un rapport sur sa supervision de l’IA entre 2021 et 2025. Elle y revient sur le cas Meta : en 2024, elle estimait que les problèmes de transparence et de formulaire d’opposition fragilisaient le recours de Meta à l’intérêt légitime, et avait demandé une pause, que Meta a respectée. En 2025, après de nouvelles mesures, elle a conclu qu’il n’y avait pas de motif justifiant une nouvelle action pour bloquer le traitement à ce moment-là, tout en précisant qu’elle ne déterminait pas que Meta respectait le RGPD.
Une révision du RGPD encore en discussion
Le 19 novembre 2025, la Commission européenne a publié une proposition d’« omnibus numérique » qui modifie plusieurs textes, dont le RGPD, selon la fiche de procédure 2025/0360(COD) de l’Observatoire législatif du Parlement européen. Ce volet est distinct de celui sur l’AI Act, déjà adopté. Au 31 octobre 2026, cette fiche indique que la procédure est « en attente de la décision de la commission parlementaire ».
Le mercredi 21 octobre 2026, les États membres ont arrêté la position de négociation du Conseil, selon The Brussels Times. D’après le journal, cette position conserve la définition actuelle des données personnelles et ajoute des garanties à une dérogation qui permettrait de traiter des données personnelles sensibles pour la vérification biométrique ainsi que pour le développement et le fonctionnement des systèmes d’IA. Selon le Conseil, cité par le même journal, les négociations avec le Parlement ne commenceront qu’une fois la position des eurodéputés arrêtée. D’ici là, le RGPD actuel continue de s’appliquer. Cet article ne constitue pas un conseil juridique.
Pour le volet IA de l’omnibus, déjà en vigueur, voir notre point sur le calendrier de l’AI Act ; pour comprendre ce que deviennent les données une fois intégrées à un modèle, notre explicatif sur les poids d’un modèle et les licences ouvertes.
Si tu publies un site ou un blog, un autre outil arrive : le signal commun dans robots.txt pour refuser l’entraînement des IA, annoncé le 30 octobre 2026 par OpenAI, Google, Microsoft et Anthropic.
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Sources primaires
- IA : Meta entraînera ses systèmes d’IA avec les données des utilisateurs européens dès fin mai 2025 — CNIL, publié le 27 mai 2025 · consulté le
- IA et vie privée : comment s’opposer à la réutilisation de ses données personnelles pour l’entraînement d’agents conversationnels ? — CNIL, publié le 16 octobre 2025 · consulté le
- DPC statement on Meta AI — Data Protection Commission (Irlande), publié le 21 mai 2025 · consulté le
- Responsible Artificial Intelligence Innovation : Insights from the Data Protection Commission’s Supervision of AI (2021-2025) — Data Protection Commission (Irlande), publié le 25 septembre 2026 · consulté le
- Making AI Work Harder for Europeans — Meta, publié le 14 avril 2025 · consulté le
- LinkedIn and generative AI (GAI) FAQs — LinkedIn · consulté le
- Updates to Consumer Terms and Privacy Policy — Anthropic, publié le 28 août 2025 · consulté le
- EDPB opinion on AI models: GDPR principles support responsible AI — Comité européen de la protection des données (EDPB), publié le 18 décembre 2024 · consulté le
- Procédure 2025/0360(COD) : train de mesures omnibus sur le numérique (Omnibus VII) — Parlement européen, Observatoire législatif · consulté le
- New EU data rules promise simpler compliance but raise privacy concerns — The Brussels Times, publié le 22 octobre 2026 · consulté le
Entités citées
Publié sous la direction éditoriale de Bastien Hugon. Méthode éditoriale et usage de l'IA
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