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DÉCRYPTAGE · EMPLOI

Combien d'entreprises et de salariés utilisent l'IA en France : les chiffres de l'Insee et d'Eurostat

Début 2025, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus utilisaient au moins une technologie d’IA, trois fois plus qu’en 2023, selon l’Insee. Côté individus, 37 % des 16-74 ans ont utilisé l’IA générative en 2025, et environ 18 % pour leur travail selon Eurostat.

Façade blanche d’un immeuble de bureaux moderne aux grandes fenêtres, le long d’une rue bordée d’arbres et de voitures garées
L’immeuble Le White, siège de l’Insee à Montrouge (Hauts-de-Seine), photographié le 4 janvier 2023. Photo : Boubloub, CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons, recadrée (même licence)

En bref

  • Selon l’Insee, 18 % des entreprises de 10 salariés ou plus déclaraient utiliser l’IA en 2025, contre 6 % en 2023 ; elles emploient 59 % des salariés du champ.
  • Le taux d’usage atteint 58 % dans les entreprises de 250 salariés ou plus, contre 15 % dans celles de 10 à 49 salariés.
  • En 2025, 40 % des personnes en emploi ont utilisé l’IA générative selon l’Insee, et 61 % d’entre elles pour un motif professionnel.

En une phrase : Selon les dernières enquêtes officielles, portant sur 2025, près d’une entreprise française sur cinq de 10 salariés ou plus utilise l’IA, et quatre personnes en emploi sur dix ont utilisé l’IA générative, mais ces chiffres mesurent des choses différentes et ne disent pas combien de salariés s’en servent chaque jour.

Combien de personnes utilisent vraiment l’IA au travail en France ? Les chiffres officiels viennent de deux enquêtes harmonisées au niveau européen et menées en France par l’Insee : l’une interroge les entreprises, l’autre les particuliers. Elles ne mesurent pas la même chose, et c’est souvent là que les chiffres se mélangent. Cet article fait le point sur ce qu’elles disent, et sur ce qu’elles ne disent pas. Pour les effets de l’IA sur les métiers, voir notre rubrique Emploi.

Côté entreprises : 18 % d’utilisatrices en 2025

Selon l’Insee Première n° 2120 publiée le 21 juillet 2026, 18 % des entreprises françaises de 10 salariés ou plus déclaraient utiliser au moins une technologie d’intelligence artificielle en 2025. C’est 8 points de plus qu’en 2024 (10 %) et 12 points de plus qu’en 2023 (6 %) : le taux a été multiplié par trois en deux ans.

Le périmètre compte. L’enquête porte sur environ 194 000 entreprises de 10 personnes ou plus, employant 13,5 millions de salariés, dans les secteurs principalement marchands, hors agriculture, finance et assurance. Les entreprises décrivent leur situation au premier trimestre de l’année. Les très petites entreprises, l’administration et les banques n’y figurent donc pas (Insee).

Le mot « IA » y recouvre huit technologies, définies par l’enquête européenne : analyse de texte, reconnaissance de la parole, génération de texte ou de parole, génération d’images, de vidéos ou de son, apprentissage automatique pour l’analyse de données, reconnaissance d’images, aide à la décision et robots qui se déplacent en observant leur environnement. Une entreprise qui utilise un seul de ces outils compte comme utilisatrice.

La taille et le secteur font tout

L’usage dépend fortement de la taille, selon les chiffres de l’Insee pour 2025 :

  • 15 % des entreprises de 10 à 49 salariés, qui représentent 85 % du champ (Insee) ;
  • 31 % de celles de 50 à 249 salariés ;
  • 58 % de celles de 250 salariés ou plus (Insee).

Par secteur, l’information-communication arrive loin devant (59 %), suivie des activités spécialisées, scientifiques et techniques (33 %) et de l’immobilier (26 %). L’usage est bien plus rare dans les transports et l’entreposage (9 %), la construction (10 %), l’hébergement-restauration (12 %) et le commerce (13 %), selon la même publication. La progression de 2025 est la plus forte dans les secteurs qui partaient de loin : le taux triple en un an dans la construction.

59 % des salariés travaillent dans une entreprise utilisatrice

C’est le chiffre le plus souvent mal lu. Les entreprises qui utilisent l’IA concentrent 59 % de l’emploi total du champ en 2025, contre 40 % en 2024. L’Insee précise lui-même que cela « ne signifie pas que 59 % des salariés français utilisent directement l’IA », mais que la majorité d’entre eux travaillent dans une entreprise qui déclare s’en servir pour tout ou partie de ses tâches (Insee Première n° 2120).

Pondérer par l’emploi change aussi le classement des secteurs. Dans les transports et l’entreposage, 9 % des entreprises utilisent l’IA, mais elles emploient 66 % des salariés du secteur : l’usage y est concentré dans quelques grandes entreprises. Dans l’information-communication, la part atteint 85 % (Insee).

Pour quoi faire, et pourquoi pas

D’après l’Insee, parmi les entreprises qui utilisent l’IA, 73 % disent le faire pour optimiser les coûts (gain de temps ou de main-d’œuvre, automatisation de tâches répétitives), 64 % pour améliorer la qualité des processus et 56 % pour réaliser des travaux complexes. Huit sur dix achètent des logiciels du commerce prêts à l’emploi plutôt que de développer leurs propres outils. Les technologies les plus citées sont l’analyse de texte (56 % des utilisatrices) et la génération de texte ou de parole (43 %).

Celles qui n’utilisent pas l’IA expliquent d’abord qu’elles n’en voient pas l’utilité (71 %), puis évoquent un manque d’expertise (54 %). Le manque de compétences freine aussi les utilisatrices : 53 % le citent, devant les inquiétudes sur la protection des données (43 %) et le manque de clarté juridique (42 %), selon la même enquête.

La France un peu en dessous de la moyenne européenne

Dans l’Union européenne, 20,0 % des entreprises de 10 salariés ou plus utilisaient l’IA en 2025, contre 13,5 % en 2024, selon Eurostat. Le Danemark (42,0 %), la Finlande (37,8 %) et la Suède (35,0 %) sont en tête ; la Roumanie (5,2 %), la Pologne (8,4 %) et la Bulgarie (8,5 %) ferment la marche. L’Insee précise que l’Allemagne atteint 26 %, et que l’écart avec la moyenne européenne ne subsiste en France que pour les entreprises de moins de 50 salariés (2 points de retard).

Côté individus : 37 % ont utilisé l’IA générative

L’autre enquête interroge directement les personnes. Selon l’Insee Focus n° 376 du 19 février 2026, 37 % des personnes de 16 à 74 ans vivant en France (hors Mayotte) ont utilisé l’IA générative au cours des trois mois précédant l’enquête de 2025. Trois utilisateurs sur quatre s’en servent pour un motif personnel, un sur deux pour un motif professionnel.

Pour les personnes en emploi, le tableau de l’Insee donne :

  • 40 % ont utilisé l’IA générative dans les trois derniers mois (Insee) ;
  • parmi elles, 61 % l’ont fait pour un motif professionnel, 75 % pour un motif personnel, plusieurs réponses étant possibles (Insee).

Par un calcul de la rédaction à partir de ces deux chiffres, environ une personne en emploi sur quatre aurait donc utilisé l’IA générative pour son travail au cours de ces trois mois. C’est un ordre de grandeur, pas un chiffre publié par l’Insee.

L’âge reste le premier facteur : 73 % des 16-29 ans ont utilisé l’IA générative, 45 % des 30-44 ans, 30 % des 45-59 ans et 9 % des 60-74 ans. L’usage dépend aussi des compétences numériques : 18 % des personnes aux compétences faibles s’en servent, contre 62 % de celles aux compétences avancées. Parmi les non-utilisateurs, environ 60 % disent ne pas en avoir ressenti le besoin (Insee Focus n° 376).

La comparaison européenne

Eurostat publie les mêmes données pour tous les pays de l’Union. Dans sa base de données, mise à jour le 5 juin 2026, la France affiche pour 2025 un taux d’usage de l’IA générative de 37,46 % des 16-74 ans, contre 32,66 % dans l’UE. Pour un usage professionnel, la part atteint 18,44 % en France, contre 15,36 % dans l’UE.

Ces valeurs diffèrent légèrement de celles annoncées par Eurostat le 16 décembre 2025, qui donnait pour l’UE 32,7 % d’utilisateurs, dont 15,1 % pour le travail (communiqué Eurostat) : les données ont été révisées depuis. Le Danemark (48,4 %), l’Estonie (46,6 %) et Malte (46,5 %) étaient alors en tête.

Ce que ça change pour toi

Si ton entreprise ne t’a jamais parlé d’IA, tu n’es pas une exception : selon l’Insee, la grande majorité des entreprises de moins de 50 salariés ne déclarent aucun usage. À l’inverse, si tu travailles dans une grande entreprise ou dans l’informatique, il est probable que des outils d’IA y soient déjà utilisés, même si tu ne t’en sers pas toi-même.

Les deux enquêtes ne disent rien de la manière dont ces outils sont encadrés. Pour tes droits quand un employeur déploie un outil d’IA, et pour les usages classés « à haut risque » par le règlement européen, voir notre rubrique AI Act. Pour les usages d’IA dans le recrutement et les ressources humaines, voir aussi la rubrique RH. Et si tu veux comprendre ce qu’est un outil d’IA générative, le glossaire explique ce qu’est un modèle de langage.

Ce qu’on ne sait pas

  • La fréquence d’usage. L’enquête auprès des particuliers compte toute personne qui a utilisé l’IA générative au moins une fois en trois mois. Elle ne distingue pas l’usage quotidien de l’essai ponctuel.
  • L’usage non déclaré par l’entreprise. Un salarié peut se servir d’un assistant grand public sans que son employeur le sache ou le déclare. Les deux enquêtes ne permettent pas de mesurer cet écart.
  • Les très petites entreprises et le secteur public. L’enquête entreprises exclut les structures de moins de 10 salariés, l’administration, la finance et l’assurance.
  • Les tâches réellement confiées à l’IA. Les finalités déclarées (sécurité informatique, administration, marketing) restent larges et ne disent pas quelle part du travail est concernée.

Ce que ces usages changent, ou non, pour l’emploi : voir notre article sur ce que disent les études officielles sur l’IA et l’emploi.

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Sources primaires

  1. Les technologies de l’information et de la communication dans les entreprises en 2025 (Insee Première n° 2120) — Insee, publié le 21 juillet 2026 · consulté le
  2. Une personne sur trois manque de compétences numériques (Insee Focus n° 376) — Insee, publié le 19 février 2026 · consulté le
  3. Individuals - use of generative AI tools (isoc_ai_iaiu) — Eurostat, publié le 5 juin 2026 · consulté le
  4. 32.7% of EU people used generative AI tools in 2025 — Eurostat, publié le 16 décembre 2025 · consulté le
  5. 20% of EU enterprises use AI technologies — Eurostat, publié le 11 décembre 2025 · consulté le

Publié sous la direction éditoriale de Bastien Hugon. Méthode éditoriale et usage de l'IA

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